Peut-on divorcer à l'amiable après un adultère ?
Oui. Le divorce par consentement mutuel suppose seulement que les deux époux soient d'accord sur la rupture et sur toutes ses conséquences. La cause de la séparation n'a pas à être indiquée : la convention constate l'accord des époux sur la rupture et ses effets (article 229-3 du Code civil), sans rechercher qui est responsable.
Dans la pratique, beaucoup de couples choisissent le divorce amiable précisément pour ne pas exposer leur vie privée devant un juge. L'époux trompé n'est pas obligé de faire valoir la faute ; l'époux infidèle n'a pas à s'en justifier. Ce qui compte, c'est la capacité des deux à négocier un accord équilibré, chacun assisté de son avocat.
Si la blessure rend toute discussion impossible, il est préférable de laisser le temps faire son œuvre ou de passer par les avocats plutôt que de signer un accord dicté par la colère ou la culpabilité.
L'adultère est-il encore une faute en droit français ?
Oui, sur le plan civil. Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance (article 212 du Code civil). L'adultère est une violation du devoir de fidélité, et service-public.gouv.fr le cite en premier parmi les exemples de fautes pouvant justifier un divorce pour faute.
Ce n'est en revanche plus une infraction pénale : l'adultère a cessé d'être un délit en 1975. Il ne peut donc donner lieu ni à une plainte ni à une sanction pénale. Il n'a d'effet que dans le cadre d'une procédure de divorce judiciaire, à condition d'être prouvé et de rendre intolérable le maintien de la vie commune.
Le devoir de fidélité dure tant que le mariage n'est pas dissous. Il subsiste pendant une séparation de fait, selon service-public.gouv.fr, et même pendant une séparation de corps. Il ne prend fin qu'au divorce, c'est-à-dire, dans un divorce amiable, au dépôt de la convention chez le notaire.
Quelles conséquences dans un divorce amiable ?
Aucune conséquence juridique automatique. Sans juge, personne ne prononce le divorce « aux torts » de l'un ou de l'autre. Concrètement :
- Le partage des biens suit le régime matrimonial, quelle que soit la cause du divorce. Un époux infidèle marié sous la communauté a droit à sa part de la communauté.
- Les enfants : l'autorité parentale, la résidence et la pension se décident en fonction de l'intérêt des enfants et des ressources de chacun, pas de la fidélité des parents.
- La prestation compensatoire se négocie au regard de la disparité de niveau de vie et des critères de l'article 271 du Code civil.
Les époux restent libres de leurs concessions : l'un peut accepter de laisser davantage à l'autre. Mais votre avocat vérifiera que l'accord reste équilibré et ne relève pas d'une « pénitence » que vous regretteriez. Pour les critères de la prestation, consultez notre guide prestation compensatoire.
Exemple chiffré
Camille et Antoine, mariés sans contrat, divorcent après une liaison d'Antoine. Leur communauté vaut 150 000 € d'actif net. Que le divorce soit amiable ou pour faute, chacun a droit à 75 000 € : la faute ne modifie pas le partage. Camille, qui a réduit son activité pendant douze ans pour les enfants, obtient par accord une prestation compensatoire en capital de 40 000 €, versée dans les douze mois. Antoine bénéficie d'une réduction d'impôt de 25 % dans la limite de 30 500 € de versements, soit 7 625 €. C'est l'écart de situation, et non l'infidélité, qui justifie la prestation.
Que change l'adultère dans un divorce pour faute ?
Si l'un des époux refuse le divorce amiable ou souhaite faire reconnaître la faute, il peut demander au juge un divorce pour faute. Selon service-public.gouv.fr, il faut reprocher à l'autre une violation grave ou renouvelée des devoirs du mariage qui rend intolérable le maintien de la vie commune. Le juge prononce alors le divorce aux torts exclusifs de l'un ou aux torts partagés.
| Question | Divorce amiable | Divorce pour faute |
|---|---|---|
| La cause est-elle examinée ? | Non | Oui, le juge statue sur les torts |
| Partage des biens | Selon le régime matrimonial | Selon le régime matrimonial |
| Droits sur les enfants | Inchangés par la faute | Inchangés par la faute |
| Prestation compensatoire | Négociée | Peut être refusée par le juge selon les circonstances (art. 270) |
| Dommages et intérêts | Non prévus | Possibles en cas de conséquences d'une particulière gravité (art. 266) |
| Vie privée | Reste entre les époux et leurs avocats | Exposée par les preuves produites |
Peut-on obtenir des dommages et intérêts pour adultère ?
C'est possible, mais rare et encadré. Dans un divorce prononcé aux torts exclusifs de l'un, l'autre peut obtenir des dommages et intérêts s'il subit des conséquences d'une particulière gravité du fait de la dissolution du mariage (article 266 du Code civil). Cette demande doit être faite pendant la procédure de divorce, pas après.
Un époux peut aussi invoquer la responsabilité civile de droit commun pour un préjudice distinct, par exemple une humiliation publique liée aux circonstances de l'infidélité. Il doit alors prouver une faute, un préjudice et un lien entre les deux. Dans un divorce amiable, ces demandes n'existent pas en tant que telles : tout se règle dans la convention, que vous signez librement.
Comment se prouve un adultère ?
Dans une procédure pour faute, la preuve se fait par tout moyen, selon service-public.gouv.fr : messages, courriels, publications sur les réseaux sociaux, attestations de témoins, constat d'un commissaire de justice, aveu. Des limites existent toutefois.
- Un enregistrement secret d'une conversation, réalisé sans le consentement de la personne, porte atteinte à sa vie privée et est jugé irrecevable.
- Un constat d'adultère hors du domicile des époux suppose une autorisation du juge.
- Un détective privé peut compléter les preuves.
Ces démarches ont un coût financier et émotionnel. Avant de vous engager, demandez à votre avocat ce que la reconnaissance de la faute vous apporterait concrètement par rapport à un divorce amiable.
Faut-il renoncer au divorce amiable pour faire reconnaître la faute ?
La question mérite d'être posée calmement, avec votre avocat. Le divorce pour faute donne une reconnaissance officielle des torts, mais il ne change ni le partage des biens ni les droits sur les enfants, et les dommages et intérêts restent exceptionnels.
En face, le divorce amiable préserve la confidentialité, se termine en quelques semaines à quelques mois et coûte nettement moins cher. Chez Divorcial, un divorce amiable commence à 189 € par époux, et un conseiller suit votre dossier jusqu'au dépôt chez le notaire. Si votre conjoint refuse tout accord, le guide mon conjoint refuse le divorce amiable présente les voies possibles, et le guide divorce amiable ou judiciaire les compare.
À retenir
L'adultère reste une faute civile, mais il ne modifie ni le partage des biens ni les droits parentaux. Dans un divorce amiable, il n'a aucune conséquence automatique. Dans un divorce pour faute, il peut seulement conduire le juge à refuser une prestation compensatoire ou à accorder des dommages et intérêts, dans des cas limités.
Questions fréquentes
L'époux infidèle peut-il obtenir la résidence des enfants ?
Oui. La résidence des enfants se décide selon leur intérêt : stabilité, disponibilité des parents, proximité de l'école. L'infidélité envers le conjoint ne fait pas de quelqu'un un mauvais parent, et elle ne modifie pas, en elle-même, les droits et devoirs parentaux.
Une liaison pendant la séparation est-elle un adultère ?
Juridiquement oui, tant que le mariage n'est pas dissous, car le devoir de fidélité subsiste pendant la séparation de fait. En pratique, les juges apprécient les circonstances, notamment la date de la séparation. Dans un divorce amiable, la question ne se pose pas.
Faut-il mentionner l'adultère dans la convention de divorce ?
Non. La convention de divorce par consentement mutuel n'a pas à indiquer la cause de la rupture. Elle constate l'accord des époux sur le divorce et règle ses conséquences : enfants, biens, prestation compensatoire, nom d'usage et frais.
Peut-on porter plainte contre son conjoint pour adultère ?
Non. L'adultère n'est plus une infraction pénale depuis 1975. Il ne peut être invoqué que devant le juge aux affaires familiales, dans le cadre d'un divorce pour faute, ou au soutien d'une demande de dommages et intérêts.
Information générale, pas un conseil juridique. Ce guide présente le droit applicable au 2 novembre 2026. Chaque situation est différente : seul un avocat peut analyser la vôtre.
Sources
- Service-public.gouv.fr : divorce pour faute
- Service-public.gouv.fr : séparation de corps et séparation de fait
- Code civil, art. 229-3 (mentions de la convention)
- Code civil, art. 270 (prestation compensatoire)
- Code civil, art. 271 (critères de la prestation compensatoire)
- Code général des impôts, art. 199 octodecies (réduction d'impôt)