Divorce amiable et époux sous tutelle ou curatelle : ce que dit la loi

Si l'un des époux est sous tutelle, curatelle, sauvegarde de justice, habilitation familiale ou mandat de protection future en cours, le divorce par consentement mutuel est impossible, même devant le juge (articles 229-2 et 249-4 du Code civil). Le divorce reste possible par une procédure judiciaire, par exemple le divorce accepté, que le majeur protégé peut accepter lui-même.

Pourquoi le divorce amiable est-il fermé aux majeurs protégés ?

Parce que ce divorce repose entièrement sur le consentement des époux, sans contrôle d'un juge. L'article 229-2 du Code civil exclut le divorce sans juge lorsque l'un des époux est placé sous l'un des régimes de protection prévus par le Code civil. L'article 249-4 ferme aussi le divorce par consentement mutuel devant le juge.

Le législateur a considéré qu'une personne dont la capacité à défendre seule ses intérêts est réduite ne doit pas négocier, puis signer, l'ensemble des conséquences de son divorce dans un acte privé. La protection s'exerce alors par le juge aux affaires familiales, qui statue sur le divorce, et par le juge des tutelles, qui encadre certains actes.

Cette règle ne prive personne du droit de divorcer. Elle impose seulement de passer par une autre procédure, avec un avocat pour chaque époux. Le guide les conditions du divorce par consentement mutuel présente les autres cas d'exclusion.

Quelles mesures de protection sont concernées ?

Toutes les mesures de protection juridique des majeurs sont concernées, selon service-public.gouv.fr. Le rôle de la personne chargée de la protection varie en revanche d'une mesure à l'autre.

MesureDivorce amiableQui agit dans le divorce judiciaireAccepter seul le principe de la rupture
Sauvegarde de justiceImpossibleLe majeur agit seul, il conserve l'exercice de ses droitsOui
Habilitation familialeImpossibleLa personne habilitée assiste ou représente le majeur, selon sa missionOui
Curatelle simple ou renforcéeImpossibleLe majeur, assisté de son curateur et d'un avocatOui
TutelleImpossibleLe tuteur représente le majeur et choisit l'avocatOui
Mandat de protection future en cours d'exécutionImpossibleLe curateur ou le tuteur désigné après ouverture d'une curatelle ou d'une tutelleOui

Source : service-public.gouv.fr, fiche « Quelle procédure de divorce un majeur protégé peut-il engager ? ». Seul un mandat de protection future déjà mis à exécution est visé.

Quels divorces restent possibles pour un majeur protégé ?

Les trois divorces judiciaires restent ouverts, devant le juge aux affaires familiales, avec un avocat pour chaque époux.

Rien n'empêche les époux de s'entendre sur les conséquences pendant la procédure, par exemple sur le logement ou la pension : le juge pourra en tenir compte. Mais le divorce sera prononcé par jugement, et non par une convention déposée chez un notaire. Selon service-public.gouv.fr, il n'est pas non plus possible de transformer la procédure judiciaire en divorce amiable en cours de route lorsqu'un époux est protégé.

Comment se déroule le divorce d'un époux sous tutelle ?

Sous tutelle, le majeur est représenté par son tuteur. Selon service-public.gouv.fr, le tuteur peut engager la procédure de divorce sans demander l'autorisation du juge des tutelles, et c'est lui qui choisit l'avocat.

Le majeur conserve un rôle personnel : il peut accepter le principe de la rupture du mariage. Certains actes restent en revanche soumis à l'autorisation du juge des tutelles, notamment acquiescer au jugement de divorce, c'est-à-dire renoncer à le contester, ou renoncer à faire appel.

Si le tuteur est le conjoint lui-même, il ne peut évidemment pas représenter la personne protégée contre lui. Le juge des tutelles désigne alors un tuteur ad hoc, c'est-à-dire une personne nommée uniquement pour cette procédure.

Et sous curatelle ou habilitation familiale ?

Sous curatelle, simple ou renforcée, le majeur agit lui-même, mais avec l'assistance de son curateur et d'un avocat. Il peut accepter seul le principe de la rupture. Pour acquiescer au jugement ou renoncer à l'appel, il lui faut l'autorisation du juge des tutelles. Si le curateur est le conjoint, un curateur ad hoc est désigné.

Avec une habilitation familiale, la personne habilitée assiste ou représente le majeur selon les missions que le juge lui a confiées. Là encore, le majeur peut accepter seul le principe de la rupture.

Sous sauvegarde de justice, enfin, le majeur conserve l'exercice de ses droits et agit seul dans la procédure. Seul le divorce par consentement mutuel lui est fermé. Dans tous les cas, l'avocat de chaque époux vérifie qui doit signer quels actes : une erreur sur l'assistance requise peut fragiliser la procédure.

Que se passe-t-il si une mesure de protection est en cours de demande ?

Selon service-public.gouv.fr, lorsqu'une demande de mise sous protection est en cours, le juge des tutelles statue d'abord sur la protection. Le juge aux affaires familiales instruit ensuite la demande de divorce.

En attendant, le juge aux affaires familiales peut prendre des mesures provisoires pour organiser la vie séparée : autoriser les époux à vivre séparément, attribuer la jouissance du logement à l'un d'eux, fixer une pension alimentaire. Ces mesures évitent que la situation reste bloquée pendant l'instruction de la protection.

Si vous préparez un divorce amiable et qu'une demande de protection concernant votre conjoint, ou vous-même, est envisagée, informez-en immédiatement votre avocat. Il vous indiquera si la voie amiable reste envisageable ou s'il faut s'orienter vers le juge.

À retenir

Mesure de protection = pas de divorce par consentement mutuel, ni chez le notaire ni devant le juge. Le divorce accepté, pour altération définitive ou pour faute reste possible, avec l'assistance ou la représentation prévue par la mesure.

Et si la mesure de protection prend fin ?

L'exclusion est liée au fait d'être placé sous un régime de protection. Si la mesure est levée par le juge des tutelles, l'époux retrouve sa pleine capacité, et la question du divorce par consentement mutuel se pose à nouveau dans les conditions ordinaires.

Avant de vous engager dans un divorce amiable dans cette situation, faites vérifier par votre avocat la date et la portée de la décision de levée, et conservez-en une copie : la convention ne doit être signée que lorsque la mesure a effectivement pris fin. Le guide divorce amiable ou judiciaire vous aide ensuite à comparer les deux voies, et le guide coût d'un divorce judiciaire donne les repères de prix.

Questions fréquentes

Un époux sous curatelle peut-il signer seul une convention de divorce ?

Non. Le divorce par consentement mutuel est exclu pour un époux sous curatelle, même avec l'accord de son curateur. Il peut divorcer devant le juge, assisté de son curateur et d'un avocat, et peut accepter seul le principe de la rupture.

Qui choisit l'avocat d'un époux sous tutelle ?

Selon service-public.gouv.fr, c'est le tuteur, qui représente le majeur protégé dans la procédure. Le tuteur peut engager le divorce sans autorisation du juge des tutelles, mais l'acquiescement au jugement ou la renonciation à l'appel nécessitent cette autorisation.

Un mandat de protection future signé mais pas encore activé empêche-t-il le divorce amiable ?

Selon service-public.gouv.fr, l'exclusion vise le mandat de protection future entré en application, c'est-à-dire mis à exécution. Un mandat simplement signé ne produit pas encore d'effet. Faites vérifier sa situation exacte par votre avocat avant de signer.

Le conjoint d'un majeur protégé peut-il être son tuteur pendant le divorce ?

Non, pas pour le divorce. Lorsque la mesure de protection est confiée à l'époux ou à l'épouse, le juge des tutelles désigne un tuteur ou un curateur ad hoc, chargé uniquement d'assister ou de représenter le majeur protégé dans la procédure.

Le divorce d'un majeur protégé passe-t-il forcément par la faute ?

Non. Le divorce accepté est possible, et le majeur protégé peut accepter lui-même le principe de la rupture. Le divorce pour altération définitive du lien conjugal, après un an de séparation, reste aussi ouvert, comme le divorce pour faute.

Sources