Divorce amiable avec enfants : résidence, pension et droit d'être entendu

Oui, vous pouvez divorcer par consentement mutuel sans juge en ayant des enfants mineurs. Chaque enfant capable de discernement reçoit un formulaire qui l'informe de son droit d'être entendu par un juge : s'il le demande, le divorce passe devant le juge (art. 229-2 du Code civil). La convention fixe la résidence, le droit de visite et la pension, versée par défaut via la Caf. Délai de réflexion : 15 jours.

Peut-on divorcer à l'amiable sans juge quand on a des enfants mineurs ?

Oui. Avoir des enfants mineurs n'empêche pas le divorce par consentement mutuel par acte d'avocats. Depuis le 1er janvier 2017, les époux qui s'accordent sur la rupture et sur toutes ses conséquences signent une convention rédigée par leurs deux avocats, puis déposée chez un notaire (article 229-1 du Code civil). Le notaire ne juge rien : il vérifie que les mentions obligatoires sont présentes et que le délai de réflexion a été respecté. Le dépôt donne à la convention date certaine et force exécutoire.

Les enfants ne sont pas oubliés pour autant. La loi prévoit deux protections propres à leur situation. D'abord, la convention doit mentionner que chaque enfant mineur a été informé par ses parents de son droit à être entendu par le juge et qu'il ne souhaite pas en faire usage (article 229-3, 6°). Ensuite, si un enfant demande à être entendu, la voie sans juge est fermée (article 229-2, 1°). C'est la seule hypothèse, liée aux enfants, dans laquelle un juge intervient.

Concrètement, chacun des époux a son propre avocat. Chaque avocat envoie le projet de convention à son client par lettre recommandée avec accusé de réception, et la signature ne peut avoir lieu qu'après un délai de réflexion de 15 jours à compter de la réception (article 229-4). Le détail des étapes figure dans notre guide sur la procédure de divorce par consentement mutuel.

Que contient le formulaire d'information remis à l'enfant ?

Le formulaire est prévu par l'article 1144 du Code de procédure civile. Il est établi pour chaque enfant mineur et lui rappelle son droit de demander à être entendu, au sens de l'article 388-1 du Code civil, ainsi que les conséquences de son choix sur la procédure. Son modèle est fixé par un arrêté du garde des Sceaux du 28 décembre 2016, en vigueur depuis le 1er janvier 2017.

Rédigé à la première personne, le modèle officiel indique à l'enfant qu'il peut être entendu par le juge ou par une personne désignée par lui, afin que ses sentiments soient pris en compte dans l'organisation de ses relations avec ses parents. Il précise qu'il peut être assisté d'un avocat, être entendu seul, avec un avocat ou avec une personne de son choix, et que ses parents seront informés de ce qui a été dit. Il l'avertit enfin que, s'il demande à être entendu, un juge sera saisi du divorce de ses parents.

L'enfant y inscrit ses prénoms et nom, sa date de naissance, coche OUI ou NON à la question « Je souhaite être entendu(e) », puis date et signe. Le formulaire signé est annexé à la convention (article 1145 du Code de procédure civile).

Et si l'enfant est trop jeune ?

La loi ne fixe aucun âge. Le discernement dépend de la maturité et de la compréhension de l'enfant. Lorsque les parents estiment qu'un enfant n'a pas le discernement nécessaire, la convention peut mentionner que l'information ne lui a pas été donnée pour ce motif (article 1144-2 du Code de procédure civile). Pour un tout-petit, c'est le cas habituel.

Ce moment mérite d'être préparé. Expliquer le formulaire à votre enfant, avec des mots adaptés à son âge, c'est lui dire qu'il a le droit de s'exprimer, sans lui demander de choisir entre ses parents. Votre avocat peut vous aider à trouver le ton juste.

Que se passe-t-il si l'enfant demande à être entendu par le juge ?

Si un enfant mineur demande à être entendu, le divorce ne peut plus se faire par simple dépôt chez le notaire : l'article 229-2 du Code civil exclut alors la procédure sans juge. Les époux restent d'accord, mais ils soumettent leur convention à l'approbation du juge aux affaires familiales. C'est un divorce par consentement mutuel judiciaire, et non un divorce contentieux.

Devant le juge, l'audition de l'enfant est de droit lorsqu'il la demande (article 388-1 du Code civil). Le juge ne peut la refuser que si l'enfant n'a pas le discernement nécessaire, par une décision motivée. L'enfant peut être entendu seul, avec un avocat ou avec une personne de son choix. Il n'est pas partie à la procédure et le juge n'est pas tenu de suivre son avis : l'audition sert à recueillir ses sentiments, pas à lui faire porter une décision.

Selon Service-Public.fr, un enfant qui avait d'abord renoncé à être entendu peut encore changer d'avis tant que la convention n'a pas été déposée chez le notaire. Mieux vaut donc en parler sereinement avec lui avant la signature, plutôt que de découvrir ses attentes à la dernière minute.

Résidence alternée ou résidence habituelle : comment fixer la résidence des enfants ?

Le Code civil laisse deux possibilités : la résidence de l'enfant peut être fixée en alternance au domicile de chacun des parents, ou au domicile de l'un d'eux (article 373-2-9). Dans un divorce amiable, ce sont les parents qui choisissent, et non un juge. Leur choix est écrit dans la convention.

La résidence alternée partage le temps de l'enfant entre les deux domiciles selon un rythme que vous définissez : une semaine sur deux, un rythme adapté aux plus jeunes, etc. Elle suppose en pratique des logements proches de l'école et une communication régulière entre parents.

La résidence habituelle chez un parent s'accompagne d'un droit de visite et d'hébergement pour l'autre. La convention en précise les modalités : fins de semaine, milieu de semaine, partage des vacances scolaires, jours fériés, trajets et qui les assure. Plus ces règles sont précises, moins elles prêtent à discussion plus tard. Rien n'interdit d'ajouter une clause de souplesse permettant aux parents de s'arranger autrement d'un commun accord.

Quelle que soit la formule, chaque parent doit maintenir des relations personnelles avec l'enfant, et tout déménagement qui modifie l'organisation prévue doit faire l'objet d'une information préalable et en temps utile de l'autre parent (article 373-2 du Code civil).

Comment est calculée la pension alimentaire dans un divorce amiable ?

Chaque parent contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent et des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse pas automatiquement à la majorité (article 371-2 du Code civil). Après la séparation, cette contribution prend la forme d'une pension alimentaire versée par un parent à l'autre (article 373-2-2). Dans un divorce amiable, son montant est fixé d'un commun accord dans la convention.

Pour vous aider à trouver un montant juste, le ministère de la Justice publie depuis 2010 une table de référence indicative. Elle repose sur trois informations seulement : le revenu du parent qui verse la pension, le nombre total de ses enfants et l'amplitude du droit de visite et d'hébergement (réduit, classique ou résidence alternée). Le calcul consiste à retirer du revenu du parent débiteur un minimum vital, correspondant au montant du RSA pour une personne seule, puis à appliquer un pourcentage par enfant.

Pourcentages par enfant de la table de référence (ministère de la Justice, InfoStat Justice n° 116)
Nombre d'enfantsDroit de visite réduitDroit de visite classiqueRésidence alternée
1 enfant18,0 %13,5 %9,0 %
2 enfants15,5 %11,5 %7,8 %
3 enfants13,3 %10,0 %6,7 %
4 enfants11,7 %8,8 %5,9 %
5 enfants10,6 %8,0 %5,3 %
6 enfants9,5 %7,2 %4,8 %

Exemple tiré du document officiel

Le ministère illustre sa table avec un parent qui gagne 1 000 € par mois, a deux enfants et exerce un droit de visite classique. Avec le minimum vital retenu dans ce document (467 €), le calcul donne (1 000 − 467) × 11,5 % = 61 € par enfant, soit 122 € pour les deux. Le minimum vital suit le RSA et a été revalorisé depuis : pour un chiffrage à jour, utilisez le simulateur officiel de Service-Public.fr.

Cette table n'est pas obligatoire. Elle donne un ordre de grandeur, que vous pouvez ajuster à la réalité : frais de garde, activités, santé, temps de trajet, écart important de revenus. La convention peut aussi prévoir qu'un parent prend directement en charge certains frais. Pensez à y inscrire une clause d'indexation : la pension sera alors revalorisée chaque année selon l'indice des prix choisi, sans nouvelle démarche. Les enfants ne changent pas le principe de la prestation compensatoire, qui concerne uniquement les époux.

La pension alimentaire est-elle versée par la Caf (intermédiation financière) ?

En principe, oui. Lorsque la pension est fixée en argent par une convention de divorce par consentement mutuel, elle est versée au parent créancier par l'intermédiaire de l'organisme débiteur des prestations familiales, c'est-à-dire la Caf ou la MSA, via son agence de recouvrement, l'Aripa (article 373-2-2, II, du Code civil, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er mars 2022). Le parent débiteur paie l'Aripa, qui reverse la pension à l'autre parent.

Pour une convention déposée chez le notaire, c'est l'avocat du parent créancier qui transmet les informations à l'Aripa, selon Service-Public.fr. Le service est gratuit pour les deux parents. En cas d'impayé, l'Aripa engage elle-même le recouvrement.

Deux exceptions existent. Les deux parents peuvent refuser l'intermédiation, à condition que ce refus soit mentionné dans la convention. Le juge peut aussi l'écarter à titre exceptionnel, mais cette seconde hypothèse ne concerne que les décisions judiciaires. Ce refus n'est pas possible si l'un des parents a déposé plainte ou obtenu une condamnation pour menaces ou violences volontaires sur l'autre parent ou sur l'enfant : l'intermédiation s'impose alors.

Bon à savoir

Si vous avez refusé l'intermédiation au moment du divorce, l'un ou l'autre parent peut la demander plus tard à la Caf ou à la MSA, sans l'accord de l'autre (article 373-2-2, III). Elle peut aussi prendre fin à la demande d'un parent, avec le consentement de l'autre.

Qui exerce l'autorité parentale après un divorce amiable ?

Les deux parents, sauf exception. Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale (article 372 du Code civil), et la séparation est sans incidence sur ces règles (article 373-2). Le divorce ne retire donc rien à aucun des deux : les décisions importantes concernant l'enfant, comme le choix de l'école, une orientation, un traitement médical non courant ou la religion, continuent de se prendre à deux.

Ce qui change, c'est l'organisation du quotidien. La convention de divorce sert justement à l'écrire : où vit l'enfant, quand il voit chacun de ses parents, comment sont partagés les frais. Beaucoup de parents y ajoutent des règles pratiques, par exemple la manière de se tenir informés de la scolarité ou le partage des frais exceptionnels.

Peut-on modifier la convention de divorce plus tard pour les enfants ?

Oui. Les besoins d'un enfant évoluent, tout comme les revenus et les lieux de vie des parents. Les dispositions de la convention de divorce par consentement mutuel relatives aux enfants peuvent être modifiées ou complétées à tout moment par le juge aux affaires familiales, à la demande d'un parent ou du ministère public (article 373-2-13 du Code civil).

Si vous êtes d'accord sur le changement, vous pouvez rédiger ensemble une convention parentale et demander au juge aux affaires familiales de l'homologuer. Le juge l'homologue, sauf s'il constate qu'elle ne préserve pas suffisamment l'intérêt de l'enfant ou que le consentement des parents n'a pas été donné librement (article 373-2-7). En cas de désaccord, l'un des parents saisit le juge, qui tranche. Les règles de rédaction initiale sont détaillées dans notre guide sur la convention de divorce.

Tableau récapitulatif : ce que la convention doit prévoir pour les enfants

SujetCe que prévoit la conventionTexte de référence
Information de l'enfantFormulaire daté et signé par chaque enfant capable de discernement, annexé ; ou mention de l'absence de discernementC. civ., art. 229-3, 6° ; CPC, art. 1144, 1144-2 et 1145
Enfant qui demande à être entenduProcédure sans juge impossible : convention soumise au juge aux affaires familialesC. civ., art. 229-2 et 388-1
RésidenceAlternée, ou chez un parent avec droit de visite et d'hébergement pour l'autreC. civ., art. 373-2-9
Pension alimentaireMontant, indexation, frais partagés ou pris en charge directementC. civ., art. 371-2 et 373-2-2
Versement par la CafIntermédiation par défaut ; refus commun à mentionner dans la convention, impossible en cas de violencesC. civ., art. 373-2-2, II
Autorité parentaleExercice conjoint maintenuC. civ., art. 372 et 373-2
Modification ultérieureConvention parentale homologuée ou saisine du juge aux affaires familialesC. civ., art. 373-2-7 et 373-2-13

Chez Divorcial, un divorce amiable commence à 189 € par époux ; avec des enfants mineurs, le conseiller vous précise le prix exact lors de son appel. Pour comparer avec les autres situations, consultez notre guide sur le prix d'un divorce amiable. Si vous êtes aussi propriétaires, lisez notre guide sur le divorce amiable avec un bien immobilier.

Questions fréquentes

À partir de quel âge l'enfant doit-il signer le formulaire d'information ?

Aucun âge n'est fixé par la loi. Le formulaire concerne l'enfant capable de discernement, ce qui dépend de sa maturité. Si les parents estiment qu'un enfant n'a pas ce discernement, la convention peut mentionner que l'information ne lui a pas été donnée pour ce motif.

Mon enfant veut être entendu : faut-il renoncer au divorce amiable ?

Non. Vous restez en divorce par consentement mutuel, mais la convention est soumise à l'approbation du juge aux affaires familiales au lieu d'être déposée chez le notaire. Le juge entend l'enfant qui l'a demandé, sauf absence de discernement.

La résidence alternée est-elle possible dans un divorce sans juge ?

Oui. Le Code civil prévoit que la résidence de l'enfant peut être fixée en alternance au domicile de chacun des parents ou au domicile de l'un d'eux. Dans un divorce amiable, les parents choisissent eux-mêmes la formule et l'écrivent dans la convention.

La pension alimentaire passe-t-elle obligatoirement par la Caf ?

Par défaut, oui : la pension fixée en argent dans la convention est versée via l'Aripa (Caf ou MSA). Les deux parents peuvent refuser ce système en le mentionnant dans la convention, sauf en cas de plainte ou de condamnation pour menaces ou violences sur le parent créancier ou l'enfant.

Le barème du ministère de la Justice est-il obligatoire ?

Non. La table de référence est indicative. Elle donne un ordre de grandeur à partir du revenu du parent débiteur, du nombre d'enfants et du mode de résidence. Les parents peuvent retenir un autre montant, adapté aux besoins réels de l'enfant.

Peut-on changer la garde ou la pension après le divorce ?

Oui. Les dispositions de la convention relatives aux enfants peuvent être modifiées à tout moment par le juge aux affaires familiales. Si les parents sont d'accord, ils peuvent lui demander d'homologuer une nouvelle convention parentale.

Sources