Le rachat de soulte lors d'un divorce : calcul, frais et financement

Le rachat de soulte permet à un époux de garder le bien en versant à l'autre la valeur de sa part. Pour un bien commun sans autre élément à partager, la soulte égale la moitié de la valeur nette (valeur du bien moins le crédit restant dû), si celui qui garde le bien reprend le prêt. S'ajoutent le droit de partage de 1,10 % et l'émolument du notaire.

Qu'est-ce que le rachat de soulte dans un divorce ?

C'est un partage dans lequel le bien est attribué à l'un des époux, qui compense l'autre par une somme d'argent appelée soulte. Service-Public.fr décrit le mécanisme ainsi : quand les biens ne peuvent pas former deux lots de même valeur, celui qui reçoit plus dédommage l'autre.

L'expression « rachat de soulte » est courante, mais elle est un peu trompeuse : juridiquement, vous ne rachetez pas une soulte, vous recevez le bien dans le partage et vous payez une soulte. Ce n'est pas une vente. Pour l'impôt sur la plus-value, les partages de biens issus d'une communauté conjugale ou acquis ensemble par des époux ne sont pas considérés comme translatifs de propriété dans la mesure des soultes (article 150 U, IV, du Code général des impôts). L'époux qui reçoit la soulte ne paie donc pas d'impôt sur la plus-value à ce titre.

Le partage d'un bien immobilier se fait par acte notarié, annexé à la convention de divorce avant sa signature. Les options possibles pour le bien sont comparées dans notre guide sur le divorce amiable avec un bien immobilier.

Comment calculer une soulte de divorce ?

On part de la valeur nette du bien, puis on applique les droits de chacun. La formule de base, pour un bien appartenant aux deux par moitié, quand celui qui garde le bien reprend seul le crédit, est la suivante : soulte = (valeur du bien − capital restant dû) ÷ 2.

Soulte pour un bien détenu par moitié, crédit repris par l'attributaire
Valeur du bienCapital restant dûValeur netteSoulte
200 000 €0 €200 000 €100 000 €
300 000 €180 000 €120 000 €60 000 €
400 000 €150 000 €250 000 €125 000 €

En séparation de biens, on applique les quotes-parts indiquées dans l'acte d'achat. Un bien acheté 60 % par l'un et 40 % par l'autre, d'une valeur nette de 200 000 €, donne une soulte de 80 000 € si l'époux à 60 % le garde. Si le crédit est remboursé autrement, par exemple soldé par l'épargne commune avant le partage, la formule change : c'est pourquoi le calcul se fait toujours sur l'ensemble du patrimoine.

Que change un apport personnel dans le calcul de la soulte ?

Il peut modifier fortement le résultat. Sous la communauté, si un époux a financé une partie d'un bien commun avec des fonds propres, par exemple un héritage, la communauté lui doit une récompense (article 1433 du Code civil). Quand ces fonds ont servi à acquérir un bien encore présent, la récompense ne peut être inférieure au profit subsistant, c'est-à-dire la part de la valeur actuelle du bien qui correspond à cet apport (article 1469).

Exemple avec récompense

Léa et Paul ont acheté pendant le mariage une maison de 200 000 €, dont 40 000 € venaient d'un héritage de Paul. Elle vaut aujourd'hui 320 000 € et il reste 120 000 € de crédit. Le profit subsistant de l'apport de Paul est de 40 000 ÷ 200 000 × 320 000 = 64 000 €. La masse commune nette est de 320 000 − 120 000 − 64 000 = 136 000 €, soit 68 000 € chacun. Si Paul garde la maison et le crédit, il verse 68 000 € à Léa. Si c'est Léa, elle verse 132 000 € à Paul (64 000 € de récompense et 68 000 € de part).

Cet exemple suppose qu'il n'y a ni autre bien, ni autre dette, ni récompense en sens inverse. En séparation de biens, un financement inégal peut de même créer une créance entre époux. Ces mécanismes sont détaillés dans nos guides sur la communauté et la séparation de biens.

Quelle valeur retenir pour le bien dans le calcul de la soulte ?

La valeur sur laquelle vous vous mettez d'accord, qui doit être réaliste. Aucun barème ne s'impose : vous pouvez vous appuyer sur des avis de valeur d'agences, une estimation par le notaire ou un expert, et les prix des ventes récentes comparables dans le quartier.

Chaque euro de valeur compte double dans la négociation. Avec une valeur nette partagée par moitié, sous-évaluer la maison de 20 000 € réduit la soulte de 10 000 € au profit de celui qui la garde. Une valeur trop haute pénalise au contraire l'attributaire, qui paie aussi des frais plus élevés, car le droit de partage et l'émolument du notaire sont proportionnels.

Retenez une valeur que vous pourriez défendre devant un tiers. Une évaluation manifestement déséquilibrée fragilise l'accord et peut nourrir des contestations ultérieures, que nous abordons dans notre guide sur la contestation de la convention.

Combien coûte un rachat de soulte chez le notaire ?

Deux postes principaux s'ajoutent à la soulte. Le droit de partage est de 1,10 % de l'actif net partagé pour les partages consécutifs à un divorce (article 746 du Code général des impôts), avec un minimum de perception de 25 € selon Service-Public.fr. Il ne se calcule pas sur le montant de la soulte.

L'émolument du notaire pour l'acte de partage est réglementé (article A444-121 du Code de commerce). Il est proportionnel à l'actif brut, sans déduction du crédit, et dégressif par tranches.

Émolument proportionnel de partage, hors taxes (C. com., art. A444-121)
Tranche d'actif brutTaux
Jusqu'à 6 500 €4,837 %
De 6 500 à 17 000 €1,995 %
De 17 000 à 60 000 €1,330 %
Au-delà de 60 000 €0,998 %

Pour la maison de Léa et Paul, d'une valeur de 320 000 €, l'émolument est d'environ 3 691 € hors taxes. S'y ajoutent la TVA, les frais de formalités et les débours : demandez un devis détaillé au notaire. Le détail du droit de partage figure dans notre guide sur le droit de partage.

Comment financer le rachat de soulte ?

Le plus souvent par un prêt, parfois par l'épargne personnelle ou par compensation avec d'autres biens. La banque examine alors la capacité de l'attributaire à rembourser seul, à la fois la soulte et le crédit qu'il reprend. Beaucoup d'établissements proposent un prêt unique qui rembourse l'ancien prêt et finance la soulte.

Si l'ancien prêt est remboursé par anticipation, des indemnités peuvent être dues si le contrat les prévoit. Elles sont plafonnées à six mois d'intérêts sur le capital remboursé, au taux moyen du prêt, sans pouvoir dépasser 3 % du capital restant dû (Service-Public.fr). Les cas d'exonération légale visent la vente du logement après un changement de lieu d'activité professionnelle, une cessation forcée d'activité ou un décès : le divorce n'en fait pas partie. Votre nouvelle banque peut toutefois négocier ces frais.

La soulte peut aussi être réduite par compensation : l'époux qui part peut recevoir d'autres biens, comme l'épargne ou un véhicule, ou une partie de la soulte peut tenir lieu de prestation compensatoire. Ces choix ont des effets fiscaux propres, à étudier avec votre avocat. Le sort du crédit est détaillé dans notre guide sur le crédit immobilier et le divorce.

Quand la soulte est-elle versée et comment sécuriser le paiement ?

En principe le jour de la signature de l'acte de partage chez le notaire, qui reçoit les fonds et les reverse. L'acte de partage étant annexé à la convention de divorce, il doit être prêt, financement compris, avant que vous signiez la convention avec vos avocats.

Un paiement différé est possible si vous en convenez, par exemple quand l'attributaire attend une épargne bloquée. Il expose toutefois l'époux qui part au risque de ne pas être payé. Dans ce cas, faites prévoir dans l'acte une date butoir, d'éventuels intérêts et des garanties, avec l'aide de votre avocat et du notaire.

À retenir

Ne signez pas la convention tant que deux points ne sont pas réglés par écrit : l'offre de prêt de l'attributaire et l'accord de la banque pour libérer l'autre époux de l'ancien crédit. Sans ce second accord, l'époux qui part reste tenu envers la banque.

Questions fréquentes

Le droit de partage est-il dû sur la soulte ?

Non. Le droit de partage de 1,10 % se calcule sur l'actif net partagé, c'est-à-dire la valeur des biens partagés diminuée des dettes, et non sur le montant de la soulte. Pour une maison de 300 000 € avec 180 000 € de crédit, il est de 1 320 €.

L'époux qui reçoit la soulte paie-t-il un impôt sur la plus-value ?

En principe non. L'article 150 U, IV, du Code général des impôts prévoit que les partages de biens dépendant d'une communauté conjugale, ou acquis ensemble par des époux, ne sont pas considérés comme translatifs de propriété dans la mesure des soultes.

Peut-on racheter la part de l'autre après le divorce ?

Oui. Si vous restez en indivision après le divorce, l'un de vous peut racheter plus tard la part de l'autre, par un partage ou une cession. Les conditions fiscales applicables à cette date sont à faire confirmer par le notaire avant de signer.

La soulte peut-elle remplacer la prestation compensatoire ?

Elle peut être combinée avec elle. Les époux peuvent convenir qu'une partie de ce que l'un doit à l'autre tient lieu de prestation compensatoire, ou que celle-ci est versée par l'attribution d'un bien. Les conséquences fiscales diffèrent selon la qualification retenue : faites-les vérifier par votre avocat.

Que se passe-t-il si la banque refuse le prêt de rachat ?

Le partage tel qu'envisagé ne peut pas se faire. Vous pouvez alors vendre le bien, rester en indivision avec une convention écrite, ou revoir la répartition des autres biens pour réduire la soulte. Mieux vaut interroger les banques avant de finaliser la convention.

Sources