Les récompenses dans le partage des biens au divorce

Une récompense est une somme due, lors du partage, entre la communauté et un époux : par l'époux qui a utilisé de l'argent commun pour son bien propre, ou par la communauté qui a profité de fonds propres. Elle se calcule souvent sur le profit subsistant, c'est-à-dire la valeur actuelle du bien financé, et non sur la somme versée (article 1469 du Code civil).

Qu'est-ce qu'une récompense en cas de divorce ?

C'est un mécanisme de rééquilibrage propre aux régimes de communauté. Pendant le mariage, l'argent circule entre trois patrimoines : celui de la communauté et les biens propres de chaque époux. Au divorce, on fait les comptes pour que chacun récupère ce qui lui revient.

La loi prévoit qu'un compte des récompenses est établi au nom de chaque époux : d'un côté ce que la communauté lui doit, de l'autre ce qu'il doit à la communauté (article 1468 du Code civil). Si le solde est en faveur de la communauté, l'époux le rapporte à la masse commune ; s'il est en faveur de l'époux, celui-ci peut en exiger le paiement ou prélever des biens communs à due concurrence (article 1470).

Les récompenses n'existent que sous un régime de communauté, le plus souvent la communauté légale des couples mariés sans contrat. Sous la séparation de biens, on parle de créances entre époux, qui obéissent à des règles voisines. Les récompenses sont intégrées à l'état liquidatif de la convention de divorce : notre guide sur l'état liquidatif présente ce document.

Quand la communauté doit-elle une récompense à un époux ?

Chaque fois qu'elle a tiré profit des biens propres d'un époux. L'exemple le plus courant est celui de l'héritage : un époux reçoit une somme par succession, la verse sur le compte joint, et elle sert à rembourser le crédit de la maison commune ou à acheter une voiture commune. La communauté doit alors une récompense à cet époux (article 1433 du Code civil).

D'autres situations sont fréquentes :

La preuve que la communauté a profité de fonds propres peut être apportée par tous moyens (article 1433). Les relevés bancaires et les actes de succession sont les pièces décisives : voyez notre guide sur l'héritage et les biens propres.

Quand un époux doit-il une récompense à la communauté ?

Chaque fois qu'il a tiré un profit personnel des biens communs. L'article 1437 du Code civil vise notamment le paiement de ses dettes personnelles, ainsi que l'acquisition, la conservation ou l'amélioration de ses biens propres avec des fonds communs.

Les cas typiques sont :

Les dépenses de la vie courante, comme l'entretien du ménage et l'éducation des enfants, ne donnent pas lieu à récompense : elles sont à la charge définitive de la communauté (article 1409).

Comment se calcule le montant d'une récompense ?

Selon trois règles posées par l'article 1469 du Code civil. Le principe est que la récompense est égale à la plus faible des deux sommes que représentent la dépense faite et le profit subsistant. Le profit subsistant est l'avantage qui reste, au jour de la liquidation, dans le patrimoine qui a bénéficié de la dépense.

SituationMontant de la récompense
Cas généralLa plus faible des deux sommes : dépense faite ou profit subsistant
Dépense nécessaire (par exemple une réparation indispensable)Au moins le montant de la dépense faite
Fonds ayant servi à acquérir, conserver ou améliorer un bien encore présent à la liquidationAu moins le profit subsistant
Bien vendu avant la liquidationProfit évalué au jour de la vente ; si un nouveau bien a été acquis, sur ce nouveau bien

En pratique, la troisième règle est la plus fréquente, car la plupart des récompenses concernent un bien immobilier. Le profit subsistant se calcule alors en proportion de la part du bien financée, appliquée à sa valeur actuelle. Si le bien a pris de la valeur, la récompense dépasse la somme versée.

Exemple : combien doit l'époux dont le crédit a été remboursé par la communauté ?

Prenons le cas le plus courant : un logement acheté avant le mariage, payé ensuite avec des fonds communs.

Exemple

Marc achète un appartement 200 000 € avant son mariage, avec un prêt. Marié sans contrat, il rembourse ensuite 90 000 € de capital avec les salaires du couple. L'appartement reste propre à Marc. Au divorce, il vaut 300 000 €. Le profit subsistant est de 90 000 / 200 000 × 300 000 = 135 000 €. Marc doit donc une récompense de 135 000 € à la communauté, et non 90 000 €.

Supposons que le couple ait aussi 60 000 € d'épargne commune. La masse à partager comprend l'épargne et la récompense : 60 000 + 135 000 = 195 000 €, soit 97 500 € chacun. Marc est réputé avoir déjà reçu 135 000 € ; il garde son appartement et doit verser 37 500 € à Julia, qui reçoit aussi les 60 000 € d'épargne. Chacun obtient bien 97 500 €.

Attention

Ce calcul simplifié suppose que seule la part de capital remboursée pendant le mariage a été financée par la communauté. Les modalités exactes, notamment le traitement des intérêts d'emprunt et des frais d'acquisition, doivent être vérifiées par votre avocat ou votre notaire.

Les récompenses portent-elles intérêts ?

Oui, dans certains cas. Les récompenses portent intérêts de plein droit à compter du jour de la dissolution de la communauté. Mais lorsqu'elles sont égales au profit subsistant, les intérêts ne courent qu'à compter du jour de la liquidation (article 1473 du Code civil).

Dans un divorce par consentement mutuel, la liquidation est réalisée dans la convention elle-même, et la dissolution de la communauté intervient à la date à laquelle le divorce prend effet entre les époux quant à leurs biens (article 262-1). L'écart entre ces deux dates est donc généralement faible, et la question des intérêts se pose peu.

Elle peut prendre de l'importance si les époux reportent les effets du divorce à une date antérieure, celle de la fin de la vie commune, ou si un bien est vendu entre la dissolution et la liquidation. Votre avocat peut chiffrer cet effet si vous êtes concerné.

Comment les récompenses s'intègrent-elles au partage des biens ?

Elles sont calculées avant le partage proprement dit. Le notaire ou les avocats établissent d'abord le compte de récompenses de chaque époux. L'époux créancier prélève ensuite sur la masse commune ce qui lui est dû : d'abord sur l'argent, puis sur les meubles, puis sur les immeubles (article 1471 du Code civil). Ce qui reste après ces prélèvements se partage par moitié (article 1475).

Les récompenses peuvent donc modifier sensiblement l'équilibre du partage. Dans un divorce amiable, elles sont souvent au cœur de la négociation, car elles dépendent de preuves anciennes et d'évaluations. Il est possible de transiger sur leur montant, à condition que chacun soit éclairé par son avocat.

Lorsque le partage porte sur un bien immobilier, l'état liquidatif, y compris le compte des récompenses, est établi par acte notarié : voyez notre guide sur le divorce amiable avec un bien immobilier.

À retenir

Une récompense rééquilibre les comptes entre la communauté et chaque époux. Elle se calcule souvent sur la valeur actuelle du bien financé, et non sur la somme versée : un logement qui a pris de la valeur augmente la récompense.

Questions fréquentes

Les récompenses existent-elles en séparation de biens ?

Non, au sens strict. Il n'y a pas de communauté, donc pas de récompense. Un époux qui a financé un bien de l'autre peut en revanche détenir une créance entre époux, évaluée sauf convention contraire selon les règles du profit subsistant.

Faut-il garder des preuves des sommes versées pendant le mariage ?

Oui. Les relevés bancaires, actes d'achat, actes de succession et factures de travaux permettent d'établir le parcours des fonds. Sans preuve, un bien est présumé commun et il devient difficile d'obtenir une récompense.

Peut-on renoncer à une récompense dans un divorce amiable ?

Oui, les époux peuvent convenir d'un autre équilibre, par exemple renoncer à une récompense en contrepartie d'un autre avantage. Cette renonciation doit être éclairée : chaque avocat vérifie que son client en mesure les conséquences avant la signature.

Une récompense est-elle due pour la contribution aux charges du ménage ?

Non. Les dépenses d'entretien du ménage et d'éducation des enfants sont des dettes définitives de la communauté (article 1409 du Code civil). Elles ne donnent pas lieu à récompense, même si un époux y a contribué davantage.

Sources