Peut-on divorcer sans juge en France avec un époux étranger ?
Oui. Le divorce par consentement mutuel par acte d'avocats (article 229-1 du Code civil) est ouvert aux couples dont l'un des époux, ou même les deux, n'a pas la nationalité française. La procédure reste la même : un avocat par époux, une convention, un délai de réflexion de 15 jours, puis le dépôt chez un notaire.
Le ministère de la Justice l'a précisé dans sa circulaire du 26 janvier 2017 : les notaires ne sont pas soumis à des règles de compétence territoriale et peuvent recevoir la convention de parties françaises comme étrangères, domiciliées en France ou à l'étranger, dès lors que le droit français s'applique à leur divorce. C'est la vraie condition.
La même circulaire rappelle une réserve : les règles du pays de votre époux peuvent produire d'autres effets, notamment sur la reconnaissance du divorce là-bas. Avant de vous lancer, il faut donc vérifier deux points : la loi applicable, et la façon dont le pays de votre époux traitera un divorce prononcé sans juge.
Quand votre divorce relève-t-il de la France ?
Pour qu'un divorce puisse circuler facilement en Europe, la France doit être compétente selon le règlement (UE) 2019/1111, dit « Bruxelles II ter ». Son article 3 retient plusieurs critères, dont un seul suffit. Les plus fréquents pour un couple binational installé en France sont les suivants.
| Situation | La France est-elle compétente ? | Texte |
|---|---|---|
| Vous vivez tous les deux en France | Oui | Art. 3, a, i |
| Votre dernière résidence commune était en France et l'un de vous y vit encore | Oui | Art. 3, a, ii |
| Demande conjointe et l'un de vous réside en France | Oui | Art. 3, a, iv |
| Vous êtes tous les deux français, où que vous viviez | Oui | Art. 3, b |
| Vous vivez tous les deux à l'étranger, un seul est français | En principe non, au titre de ce règlement | Art. 3 |
La « résidence habituelle » désigne le lieu où se trouve réellement le centre de votre vie, pas seulement une adresse administrative. Si votre couple vit hors de France, lisez notre guide sur le divorce amiable quand on vit à l'étranger.
Quelle loi choisir dans la convention de divorce ?
Il faut désigner la loi française, par écrit, dans la convention. Le règlement (UE) n° 1259/2010, dit « Rome III », permet aux époux de choisir la loi de leur divorce parmi quelques options (article 5) : la loi de leur résidence habituelle, celle de leur dernière résidence habituelle si l'un d'eux y vit encore, ou celle de la nationalité de l'un d'eux.
Concrètement, un couple franco-portugais qui vit à Lyon peut choisir la loi française, soit parce qu'il réside en France, soit parce que l'un des époux est français. La circulaire de 2017 recommande de mentionner expressément ce choix, pour le divorce lui-même et pour chacun de ses effets (enfants, pension, prestation compensatoire, partage des biens), car chaque sujet obéit à ses propres règles internationales.
Ce choix n'est pas une formalité : sans lui, la loi applicable se détermine selon une cascade de critères qui peut mener à une loi étrangère. Le guide quelle loi s'applique à un divorce international détaille ce mécanisme.
Votre époux maîtrise mal le français : comment faire ?
La loi exige un consentement libre et éclairé : chaque avocat doit s'assurer que son client comprend parfaitement ce qu'il signe. Si votre époux lit difficilement le français, son avocat doit en tenir compte, par exemple en lui expliquant la convention dans une langue qu'il maîtrise ou avec l'aide d'un interprète. Choisir un avocat qui parle sa langue est souvent la solution la plus simple.
La convention est en principe rédigée en français. Si elle est rédigée dans une autre langue, la circulaire de 2017 prévoit qu'une traduction doit y être annexée, pour que le notaire puisse effectuer son contrôle formel.
Rappelez-vous que chaque époux a son propre avocat (article 229-1 du Code civil). Votre époux étranger ne peut pas être « représenté » par le vôtre, même si vous êtes parfaitement d'accord. C'est une protection pour lui comme pour vous : un divorce signé sans compréhension réelle serait fragile.
Quels documents fournir pour l'époux étranger ?
Les pièces sont les mêmes que pour tout divorce amiable, mais certains actes viennent de l'étranger. Votre avocat vous donnera la liste exacte. Pour l'époux étranger, on retrouve en général :
- son passeport ou sa pièce d'identité, et son titre de séjour s'il en a un ;
- une copie récente de son acte de naissance délivrée par son pays d'origine ;
- l'acte de mariage, français s'il a été célébré ou transcrit en France, étranger sinon ;
- le contrat de mariage éventuel, même s'il a été signé à l'étranger.
Un acte public étranger produit en France doit en principe être légalisé, sauf si une convention internationale prévoit une apostille ou une dispense, selon service-public.gouv.fr. Un acte en langue étrangère doit être accompagné d'une traduction par un traducteur habilité. Pour les pays de l'Union européenne, certains actes d'état civil sont dispensés de formalité. Tout est détaillé dans notre guide traduction et apostille des documents de divorce.
Le divorce sera-t-il reconnu dans le pays de votre époux ?
Tout dépend du pays. Service-public.gouv.fr recommande de vérifier, avant de choisir le divorce sans juge, qu'un divorce non prononcé par un juge est bien reconnu dans le pays concerné.
Pays de l'Union européenne (sauf le Danemark). Depuis le 1er août 2022, le règlement Bruxelles II ter prévoit que les accords de divorce enregistrés dans un État membre, et qui y ont un effet contraignant, sont reconnus dans les autres États membres sans procédure (article 65). Un certificat, délivré en France par le président du tribunal judiciaire du lieu de dépôt (article 509-1 du Code de procédure civile), accompagne la convention. Il n'est délivré que si la France était compétente au sens du règlement.
Autres pays. La reconnaissance dépend des conventions bilatérales ou du droit local. Certains pays n'acceptent qu'un jugement. Dans ce cas, mieux vaut le savoir avant de signer. Le guide le divorce sans juge est-il reconnu à l'étranger ? fait le point.
Vérifiez avant de signer
Si votre époux devra faire valoir le divorce dans un pays hors Union européenne (pour se remarier, changer son état civil ou régler une succession), demandez à son avocat de vérifier la position de ce pays. Si le divorce sans juge n'y est pas reconnu, un divorce prononcé par un juge peut être préférable.
Le divorce a-t-il des conséquences sur le titre de séjour ?
Il peut en avoir, si le titre de séjour de votre époux repose sur le mariage. Selon service-public.gouv.fr, la carte « vie privée et familiale » de conjoint de Français suppose que la communauté de vie n'ait pas cessé, avec des exceptions en cas de décès ou de violences conjugales. Une carte de résident peut aussi être retirée en cas de rupture de la vie commune dans les 4 ans qui suivent le mariage avec un Français, sauf exceptions.
Ces questions relèvent du droit des étrangers, qui n'est pas réglé par la convention de divorce. Il est prudent que votre époux consulte, avant la signature, un avocat qui pratique ce droit. Notre guide divorce et titre de séjour présente les règles principales.
À quoi ressemble un divorce amiable franco-étranger en pratique ?
Prenons deux situations fréquentes, pour voir comment les règles s'enchaînent.
Exemple
Clara, française, et Marco, italien, vivent à Lyon depuis six ans, sans enfant. La France est compétente (résidence commune en France) et leur convention désigne la loi française. Après le dépôt chez le notaire, Marco demande le certificat de l'annexe VIII au président du tribunal judiciaire du lieu de dépôt, pour faire mettre à jour son état civil en Italie. Chez Divorcial, un divorce comme le leur commence à 189 € par époux, hors frais de traduction éventuels.
Si Marco était de nationalité américaine, la procédure en France serait identique. En revanche, le règlement européen ne jouerait pas aux États-Unis : il faudrait vérifier, avant de signer, comment l'État où Marco veut faire valoir son divorce traite un divorce sans juge.
À retenir
La nationalité étrangère d'un époux n'empêche pas le divorce sans juge. Trois vérifications comptent : la France est-elle compétente, la loi française est-elle désignée dans la convention, et le pays de l'époux reconnaîtra-t-il un divorce sans juge ?
Questions fréquentes
Mon époux étranger doit-il venir en France pour signer ?
Les époux et leurs deux avocats signent la convention après le délai de réflexion de 15 jours, ensemble ou par signature électronique selon les modalités prévues par le Code de procédure civile. Votre avocat vous indiquera comment organiser la signature si votre époux est loin.
Faut-il un avocat étranger pour mon époux ?
Non. Pour un divorce par acte d'avocats en France, chaque époux doit être assisté d'un avocat inscrit à un barreau français. Rien n'empêche votre époux de consulter aussi un avocat de son pays sur la reconnaissance du divorce là-bas.
Le consulat de mon époux peut-il enregistrer notre divorce à la place du notaire ?
Non. La convention doit être déposée chez un notaire français. La circulaire de 2017 précise même que les agents consulaires français ne peuvent pas recevoir ce dépôt. Le consulat étranger peut seulement intervenir ensuite, pour la mise à jour de l'état civil de votre époux.
Peut-on choisir la loi du pays de mon époux plutôt que la loi française ?
Le règlement Rome III le permet, mais le divorce sans juge suppose, selon le ministère de la Justice, que le divorce relève de la loi française. Choisir une loi étrangère conduit en pratique à une procédure devant un juge, en France ou à l'étranger.
Le divorce amiable est-il plus cher avec un époux étranger ?
Les honoraires et le dépôt chez le notaire de 49,44 € TTC sont les mêmes. S'ajoutent éventuellement des frais de traduction, d'apostille ou de légalisation des actes étrangers, et la consultation d'un avocat en droit des étrangers si le titre de séjour est en jeu.
Information générale, pas un conseil juridique. Ce guide présente le droit applicable au 2 novembre 2026. Chaque situation est différente : seul un avocat peut analyser la vôtre.
Sources
- Règlement (UE) 2019/1111 « Bruxelles II ter » (EUR-Lex)
- Règlement (UE) n° 1259/2010 « Rome III » (EUR-Lex)
- Code de procédure civile, art. 509-1 (certificat de l'article 66)
- Circulaire du ministère de la Justice du 26 janvier 2017 sur le divorce par consentement mutuel (BOMJ)
- Service-public.gouv.fr : divorce par consentement mutuel
- Service-public.gouv.fr : un Européen peut-il divorcer en France ?
- Service-public.gouv.fr : légalisation d'un acte public établi par une autorité étrangère
- Service-public.gouv.fr : l'époux étranger d'un Français peut-il séjourner en France ?